Merveilles du génie de l'homme : découvertes, inventions, récits, historiques, amusants et instructifs sur l'origine et l'état actuel des découvertes et inventions les plus célèbres / Par Amédée de Bast.

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lenips est-il proche où la bruyante invention du moine Berthold Schwartz disparaîtra sans retour, peut-être les grands coups d’é- pée — ces grands coups d’épée que madame de Sévigné aimait tant—donnés et reçus avec une loyauté chevaleresque, sufliroiit- ils, ainsi qu’au temps de la vieille Rome et de la vieille Albe, pour régler les différents et les rivalités des nations. Et, en conscience, l’œuvre monstrueuse du moine allemand, œuvre qu’on avait ap- pelée dans sa plus formidable application— le canon— Vultima ratio regum, la dernière raison des rois, doit-elle, peut-elle être la dernière raison des peuples ? La révolution opérée dans les armes de guerre offensives et défensives par la découverte de la poudre à canon s’étendit jusqu’à l’attaque et à la défense des places fortes. Ces formidables châteaux, ces énormes citadelles élevés par la féodalité sur tous les points de l’Europe, devinrent dès-lors presque tous des bar- rières impuissantes et des refuges peu sûrs. L’art des sièges devint une véritable science où la poudre joua le principal rôle, non pas seulement par l’artillerie, mais par la mine et la contre-mine. L’intrépidité du soldat ne consista plus à braquer des échelles contre des murailles ruisselantes de plomb fondu, d’huile et de poix bouillantes, elle fut employée tout entière à pratiquer dans les entrailles de la terre des chemins tortueux et à braver, au milieu d’épaisses ténèbres, accroupi entre la pioche et le mousquet, l’explosion de sa propre mine ou de la contre-mine de l’ennemi. Mais si l’humanité eut à répandre des larmes de sang sur l’inven- tion du moine de Fribourg, elle eut à se glorifier de l’auxiliaire puis- sant , énergique, que le hasard avait donné à la civilisation pour réunir et policer les nations. Grâce à la poudre, on pùt combler des précipices, fermer des abymes et foudroyer des rochers aussi vieux que le monde. Annibal avait frayé un étroit passage à son armée en fendant les Alpes avec du vinaigre ; et cette téméraire entreprise, qu’une poignée d’hommes pouvait faire avorter, coûta à ce grand homme et à Carthage des soins et des sommes immen- ses. La poudre, au dix-neuvième siècle, docile à la voix de